TEXTES & RECITS

Un beau jour pour mourir

Il paraît qu’avant de mourir, le doux film qu’a été notre vie repasse une dernière fois dans notre esprit. Mais alors que les étoiles annoncent minuit passé, je réalise que, si mon existence s’achève ici, je me serais éteinte un 22 mai. Explosion sourde à ma gauche. Des éclats de voix. Je perds l’équilibre. A cet instant, ce n’est pas l’intégralité de ma vie que je visualise, mais celle que j’ai partagée avec toi. A travers la retombée de sable, mon regard cherche le tiens. Mais tu es trop loin. Tu es avec eux. Une prise stable. La course effrénée d’une paire de Rangers dans le désert. Ecoute-la Gabrielle. Souviens-t-en. C’est la tienne. Et c’est la dernière. Je te tourne le dos, mais je ne cesse de te voir. Sifflement à ma droite. Tes yeux, d’un bleu si pâle qu’ils en apparaissent gris. Une tôle froissée sous l’éclat argenté de la lune. Ta chevelure, d’un blond miel enivrant. Tu les vois ? Les perles vermeilles enfouies dans le sable… La dureté de tes traits, et la douceur de ton regard. Le sol tremble. Le sable s’introduit partout, et mes genoux touchent terre. Il suffisait que tu m’effleures pour que je perde pied. Mais cette nuit, alors que tu ne me touches même pas encore, je frissonne déjà.

Un cri plaintif. On a besoin de mon aide… On dit que l’amour fait perdre la tête. Qu’il rend aveugle et sourd. Je crois que c’est vrai. Le sol est bien trop près. Comment fait-on déjà, pour se mettre debout ? Parce que peu importe la situation, je te choisirai toujours. Le voilà. Un spectre dans la pénombre environnante. C’est à ce moment que le brouillard s’est levé. Sonnée par l’agonie, une vague de prise de conscience me fait vaciller. Le temps d’un instant, je fais état des dégâts : oreille gauche sanguinolente, sifflement sourd et continu ; ampoules crevées aux pieds, douleur lancinante ; blessure par balle au bras droit, saignement modéré. Puis je baisse de nouveaux les yeux sur mes jambes. Voilà pourquoi je suis au sol : une longue plaie, trouvant sa source au milieu du mollet, remonte jusqu’à mi-cuisse et expose à la vue chair, tendons, ligaments, et os… Mon regard se porte sur l’horizon, pour y trouver une carrosserie de véhicule blindé. Je reconnais celui dans lequel nous sommes arrivés, mon équipe et moi-même. Le PVP a explosé avant même que nous n’atteignions l’objectif. Je n’ai aucun souvenir d’autres survivants. Nouveau râle. Il me faut quelques secondes pour réaliser que je suis celle en mauvais état. Celle qui a besoin d’aide. Je ne reconnais même pas ma voix. Mais au loin, se rapprochant, me parvient la sienne. Autoritaire, assurée, reconnaissable entre mille. Il vient me chercher… parce que nous sommes le 22 mai.

Des 22 mai, nous n’en avons pas eu beaucoup à fêter ensemble. Mais il n’en a suffi que d’un seul, à vrai dire. Le premier que nous avons passé à deux, comme des grands. Tu célébrais tes 18 ans, je venais d’en avoir 17. Il était temps de se voir l’un l’autre comme nous en avions toujours rêvé. Je me souviens aussi de cette OPEX. Celle dont tu n’es jamais revenu. Celle au cours de laquelle tu ne m’as jamais écrit. En vérité, c’est moi qui était partie. Mais aussi loin que je fusse, aussi isolée que je pus être, ce fut toi le plus inaccessible. Quand je suis rentrée, on m’a annoncé que tu avais disparu. Tu avais laissé les clefs de notre maison dans la boîte aux lettres. Celle que tout le monde pouvait ouvrir, sans que personne ne le sache jamais. Quand je suis rentrée… tu n’étais plus là. Pas physiquement. Je veux dire, tu étais parti. Et avec toi, tous mes espoirs. Cette maison, que nous occupions depuis presque quinze ans, n’était plus que la mienne. Mais tout a réellement commencé un 22 mai, signifiant notre union plus que ton anniversaire. Et puis… Nouvelle détonation. Tir d’intimidation ? Tu es en face de moi désormais. Tu m’observes de ton regard vide. Celui que je connais si bien. Celui derrière lequel tu te protèges. Celui que tu m’as si souvent réservé, avant ce fameux 22 mai. Et moi, je n’ai jamais détourné le miens. Cette nuit, je veux que tu achèves ce pourquoi tu es venu sans me quitter des yeux. Je veux que tu te souviennes, après ce jour, que quoiqu’il arrive, je ne regarderai jamais que toi. Car tes yeux, emplis de larmes, brillent plus que le canon de ton 1911. Car tu es celui pour qui j’ai laissé l’amour me rendre folle et aveugle. Aveugle face aux signes évidents de ta rébellion contre la nation, mais folle de toi. Finalement, le 22 mai est un beau jour pour mourir.

- Telesia.

Bas de page

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