Wictorien Allende, Wen Saint Clar et RoseLys DesDunes, auteurs du collectif The Polaroïd Life, ont répondu à nos questions. Retrouvez sans tarder leurs réponses respectives.

#002

[INTERVIEW] The Polaroïd Life

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Karine et William sont à l'origine de votre collectif d'auteur. Quelles sont les raisons à vous avoir poussé à les rejoindre ?

Karine et William sont à l'origine de votre collectif d'auteur. Quelles sont les raisons à vous avoir poussé à les rejoindre ?
Wictorien : L'écriture est généralement une activité solitaire. Mais K.et W. en ont une expérience bcp plus collective. Travailler avec eux sur ce projet était donc une occasion unique d'expérimenter une nouvelle manière de travailler, d'aller non seulement au bout de l'écriture, mais le faire en équipe, dans le partage. 

Roselys : La qualité de leur travail et le fait de me retrouver au milieu d'ami(e)s de talent.  

Wen : ? L'idée géniale et donc le projet qui en découlait. L'association des images et du texte est toujours un exercice à la fois hyper personnel et en même temps qui doit parler au plus grand nombre de lecteurs. La plupart du temps, j'ai toujours cherché à illustrer mes histoires avec des images, là le chemin était inverse et même si j'avais déjà eu des idées issues de photos ou d'images, je n'avais jamais "construit" une histoire sur la base d'une image et donc d'un ressenti personnel pour le développer de manière plus générale pour qu'elle parle au plus grand nombre. Enfin, même si on ne s'est jamais rencontrés, nous sommes avant tout une bande de potes. Je les appelle mes copains d'écriture. Parce qu'on s'est lu, on s'est aimé, on a apprécié le style, la personnalité des uns et des autres bien avant ce projet. Alors se mettre ensemble pour un recueil, tous différents mais avec un cahier des charges commun, une réceptivité commune des photos de William et de nos écrits respectifs, l'occasion était trop belle ! Inutile de préciser la fierté du résultat obtenu ! 

La nouvelle pour compléter une image, un exercice plutôt répandu. Selon vous, qu'est-ce qui vous distingue des autres ?

Wictorien : La singularité du travail photographique de W que multiplie la diversité des styles de chacune des plumes.

Roselys : L'originalité des textes et des plumes.  

Wen : Plusieurs choses. La qualité des clichés de William d'abord ! C'est la différence entre une "simple" photo et une vraie oeuvre : la profondeur de ce que le cliché ou l'image dégage. Je savais que c'était des photos profonde par nature, le genre de photos qu'on n'oublie pas 20 secondes après l'avoir regardée. Ensuite, la complémentarité de nos styles. L'exercice de la nouvelle est tellement difficile ! Faire passer le maximum d'émotions en un minimum de pages. Susciter une histoire dans l'esprit du lecteur sans la raconter tout à fait, placer une petite graine dans l'esprit du lecteur dès premières pages (ou dans la photo initiale), écrire juste ce qu'il faut pour la faire pousser vitesse grand V avant d'arriver à la chute qui arrive (toujours) trop vite ! Et cela chacun avec son style, avec sa patte, nos artifices, nos "trucs" respectifs pour appâter le lecteur, le ferrer et le sortir de sa zone de confort sans pour autant le mettre dans notre besace en fin de compte mais justement, pour le laisser replonger dans autre eau, dans une autre histoire, écrite par quelqu'un d'autre, sur la base d'une autre photo à l'histoire suivante. De mon point de vue c'était ça l'enjeu et je savais qu'avec la bande que nous formons, ça allait forcément marcher. 

L'écriture à partir d'une illustration vous paraît-elle être une source d'inspiration certaine ou plutôt une contrainte ?

Wictorien : La contrainte n'en est pas bien pesé. Le choix de la photo ne permet que d'initier les créations, de cadrer le thème pour un collectif, tout le reste n'est que plaisir et liberté dans l'écriture.

Roselys : J'ai adoré cet exercice. Les histoires sont nées de suite. Je pense que les photos de William sont vraiment "inspirantes".  

Wen : Les deux évidemment. La réponse paraît assez banale mais pourtant, ce sont bien ces deux aspects qui rentrent en jeu. En regardant les photos de William, ce ne sont pas une ou deux idées qui déboulent mais une dizaine ! Dès lors, il faut faire le tri, faire des choix, partir dans telle ou telle direction, se prendre la tête en se disant que décidément, une autre photo aurait été plus simple. Et puis trouver l'idée, celle qui balaiera toutes les autres, se plonger dedans en puisant dans toute l'inspiration issue de la contrainte initiale qui nous a obligé à rester cadré. 

Bien souvent, les nouvelles ont une idée directrice principale, tout en étant très différentes. Que pensez-vous des interprétations diverses de chacun vis à vis des photographies de William ?

Wictorien : Compte tenu de l'absence de contrainte finalement, l'interprétation écrite de la photo reflète toujours une personnalité, une humanité, celle de l'auteur voire celle de son univers d'écrivain. Pour répondre à la  question, il faudrait donc pouvoir comparer cette interprétation avec celle du photographe. Or en bon artiste conscient de l'évidente relativité des points de vue, W. ne s'exprime jamais en détail sur ce qui l'a poussé à prendre tel ou tel cliché, il laisse toujours la parole à ceux qui regardent, pas à celui qui a immortalisé un sujet ou une scène.


Roselys : L'interprétation de chacun doit sûrement être le résultat d'un historique personnel...  

Wen : Cela constitue justement la richesse de cette collaboration, de cet exercice. Le fait que nous nous connaissions avant a facilité les choses, nous sommes partis avec une confiance qui n'était pas à construire. Cela permet à chaque lecteur de se reconnaître dans tel ou tel auteur. Le ressenti initial du lecteur sur chaque photo se retrouve confronté à chaque récit. Si, à la lecture de différentes interprétations, le lecteur en ressort en se disant : "Ah mais oui en fait, c'est AUSSI ça cette photo, c'est AUSSI ce sentiment qui est aussi valable que celui que j'ai eu dans un premier temps", alors c'est gagné ! Ensuite, à notre niveau individuel respectif, c'était aussi la possibilité de créer un lien avec le lecteur. Il lit les interprétations d'une première photo, il y en a une qui lui parle plus que les autres, c'est l'occasion alors pour qu'il se dise : "Bon, qu'est-ce qui m'attend pour la prochaine ?". Va-t-il retrouver ce même lien avec le même auteur ou une autre interprétation va-t-elle plus l'accrocher ? Enfin, d'un point de vue d'auteur, c'est surtout l'occasion de se dire, en lisant les autres interprétations qu'on est passé à côté d'une belle idée, que c'est un autre qui l'a eue et de trouver un plaisir inattendu à sa lecture sur la base de la même photo. C'est se faire surprendre sur une photo qu'on connait déjà par cœur pour avoir déjà travaillé dessus, c'est génialement inattendu. 

​​Le concept de la gratuité à un prix, celui de la crédibilité selon certains. Quelles sont vos motivations vis à vis de ce principe ?

Wictorien : Exceptés quelques rares cas (rarement fondés selon moi), le chemin de la reconnaissance littéraire est toujours long et semé d'ecueils. A mes yeux, la finalité de l'écriture est toujours la lecture par autruit. Alors compte tenu de la rareté des opportunités permettant de présenter un travail abouti, autant le partager gratuitement plutôt que de le savoir disponible, payant mais jamais acheté et donc jamais lu... c'est un pari, mais u bout duquel il ny a rien à perdre (nous ne sommes pas des professionnels, nous avons tous une activité en marge de l'écriture), seulement des lecteurs à gagner.

Roselys : Se faire connaître passe parfois par des chemins juste semés du regard des lecteurs. Autant partager plutôt que garder ses textes dans son ordinateur, non?  

Wen : ? Avec 68 199 nouveautés ou nouvelles éditions par an (chiffres 2017), soit presque 200 ouvrages nouveaux par jour, aujourd'hui, je ne sais pas si le coût de la gratuité est vraiment la crédibilité... Pour ma part, comme tous mes amis, j'ai un travail, une vie professionnelle, sociale, associative, etc., ce n'est pas dans l'objectif premier de vendre que j'ai participé à cette aventure. C'était un magnifique challenge de se confronter aux interprétations des autres auteurs, de trouver et d'exploiter des idées personnelles sur la base d'une photo évidemment inspirante, quelle qu'elle soit avec les photos de William, et puis le concept de diffusion gratuite sur format numérique dans un premier temps était un des éléments aussi qui permettait d'entretenir l'espoir de toucher plus de lecteurs, faire connaître nos univers respectifs au fur et à mesure des photos, et donner envie éventuellement aux lecteurs de se plonger dans d'autres productions des uns ou des autres. 
Q6. Un dernier mot à adresser à nos lecteurs ? 
Ce recueil, cette aventure est l'occasion de découvrir à la fois de magnifiques photos et de véritables univers entiers des différents auteurs. Osez lire des histoires différentes issues d'une même base, découvrez de nouveaux auteurs, chacun avec leur style, chacun avec leur monde mais tous au service d'une seule cause, vous faire pénétrer dans une histoire différente à chaque page. 

Un dernier mot à adresser à nos lecteurs ?

Wictorien : En ces temps virtuels et faussés par le mercantilisme, il est nécessaire de ne pas perdre de vue le plaisir et les bienfaits que procurent la lecture. Donc continuez à lire er à faire lire. C'est important pour les auteurs autant que pour les lecteurs. Un auteur se nourrit de se savoir lu, sinon il finit par ne plus écrire, et dans ce cas, les lecteurs en seront les premières victimes (il n'y aura plus de diversité, seulement des livres stéréotypés pondus par des auteurs qui écriront uniquement parce que ce sera leur métier, plus par envie, besoin ou plaisir).

Roselys : L'association d'auteur(e)s autour d'une image donne des histoires très différentes. Certaines toucheront, d'autres laisseront indifférent(e)s. L'important, c'est de prendre du plaisir à lire. Alors, au plaisir, toujours. 

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Comédien, metteur en scène, auteur dramatique, passionné de Victor Hugo (j’ai créé le site « Entendre Victor Hugo »), de Robert Desnos, de poésie et de jeu, je mets depuis toujours