Auteur de La Source S et de La Solution Thalassa, Philippe Raxhon a accepté de répondre à nos questions.

#001

[INTERVIEW] Philippe Raxhon

541199678.jpg?1561889469.jpg

L'auteur en quelques mots

«Historien de métier, je suis professeur à l’Université de Liège en Belgique, j’y enseigne la critique historique et l’histoire contemporaine. Ma production livresque était jusqu’ici essentiellement historienne dans un cadre scientifique, même si j’ai écrit dans d’autres registres, par exemple pour la radio ou en tant que scénariste de docu-fictions. En 2018, à 53 ans, j’ai publié mon premier roman, puis un deuxième cette année, animé par l’envie d’explorer de nouveaux territoires.»

Au jour d’aujourd’hui, que pouvez-vous dire sur le succès de vos œuvres ? En êtes-vous satisfait ? Visez-vous plus loin ?

Je suis avant tout ravi de constater que ceux qui me lisent aiment beaucoup, c’est ma principale satisfaction, cela procure un vrai bonheur pour un auteur. C’est donc un début prometteur dans ce qu’il faut bien appeler une nouvelle carrière. Mais je vis aussi les affres d’un « jeune » romancier. J’ai d’abord envoyé mon manuscrit, comme tout débutant, à une cinquantaine de maisons d’édition, en vain. Mais deux grandes maisons parisiennes ont précisé dans leur réponse : auto-éditez-vous chez Librinova, voici un numéro de code à transmettre, il nous permettra de vous suivre. Alors j’ai découvert un monde nouveau, celui de l’interface entre Librinova, une équipe dynamique, bienveillante et très motivée et les citadelles éditoriales parisiennes. Le succès de mes premiers romans m’a permis d’accéder au stade « agent littéraire » chez Librinova, donc une personne qualifiée défend actuellement mon dossier pour franchir les murs de cette citadelle. Etre édité par une grande maison, flanquée d’un bon diffuseur-distributeur, est mon objectif.

La Source S et La Solution Thalassa sont deux œuvres dont les thématiques peuvent heurter la sensibilité de certains. Dans quel ordre vos idées sont-elles venues ? Comprenez : quel était votre but premier ? Choquer, ou sortir de l’ordinaire ? Comment sont venues ces idées si particulières ?

Mon but premier était d’abord de raconter des histoires avec des personnages intéressants, et divertir pour faire réfléchir sur les enjeux de notre temps, les représentations que nous avons de la réalité. J’ai choisi le thriller car c’est excitant aussi pour l’auteur, d’autant que c’est un genre fascinant qui évolue considérablement, il peut mêler le divertissement à l’état pur, l’action, l’enquête éperdue, et s’introduire dans des thématiques très multiples. Donc je me suis éloigné de l’essai universitaire, mais en restant dans un milieu que je connais, ainsi les deux personnages principaux sont historiens et il y a deux axes transversaux dans mes romans : le mode opératoire de la critique historique et la mémoire, c’est-à-dire la présence du passé dans notre société.Il y a par ailleurs un document-clé dans mes histoires, un pivot qui permet d’articuler les étapes de la narration.Donc plutôt que choquer, c’est sortir de l’ordinaire qui m’attire, mais pour mieux me rapprocher des défis de notre temps, de la source des images que nous avons de nous-mêmes et des autres.

Par rapport à La Source S, La Solution Thalassa nous a semblé un peu plus calme, malgré les enjeux pressants du scénario. Était-ce calculé ou une simple interprétation de nos lecteurs ?

Dans La Solution Thalassa, la tension est moins linéaire que dans La Source S. Et surtout les deux héros ont un quotidien de couple, un peu agité il est vrai, mais dans La Source S, leur histoire d’amour naissait avec ses aléas et ses secousses. J’ai conscience aussi que La Solution Thalassa est davantage conçue en « poupée russe », avec des personnages qui sont poussés par des nouveaux venus au fil du récit, alors que dans La Source S, on était dans une poursuite ciblée dès le début. C’est en effet voulu, vous avez vu juste, je voulais une rythmique différente dans le deuxième opus, j’ai pris ce risque vis-à-vis des lecteurs de La Source S pour moi-même, afin de ne pas m’enfermer dans une recette d’écriture.

La femme est comme mise en valeur au sein de vos récits. La belle Laura Zante, la sulfureuse Pamela Erskine, ou encore Shoshana sont toutes particulièrement resplendissantes par rapport aux protagonistes tels que le simple et routinier François Lapierre. Là aussi, une volonté de votre part ? Un message à faire passer ?

Il y aurait beaucoup à dire ici. La femme est centrale dans mes récits. C’est un choix en effet. J’aime le rôle des femmes dans mon histoire, avec les trois personnages que vous citez, mais aussi les autres, la mère de la petite Lisa ou son prof d’histoire. Les rôles des femmes sont, sauf exception, positifs dans la narration, alors que les hommes sont plutôt veules, avec moins de droiture, de relief et plus de défauts graves. Je pense bien sincèrement que c’est le reflet de la vraie vie. Mais ce n’est que mon point de vue. Les femmes ont un sens particulier de la valeur de l’existence. Je sais que je fais bien sûr des généralités, mais j’essaye aussi de faire des réponses courtes…
Dans La Source S, peu de lecteurs ont perçu Laura Zante comme étant le personnage principal, mais le statut social de Lapierre, et son sexe, ont influé sur les perceptions. Dans La Solution Thalassa, Laura est très présente et déchaînée, j’ai voulu consolidé son rôle, ou plutôt sa visibilité, par rapport à La Source S.
Pour rester sur Laura, oui, elle est très belle, presque de manière caricaturale, elle est intelligente, tenace et foncièrement honnête en toutes circonstances. J’ai voulu briser cette association femme belle égale stupide. C’est pour ça que j’ai une sainte horreur des blagues sur les blondes, un bouillon de stéréotypes.

Que ce soit dans la Source S ou La Solution Thalassa, vous faites preuves d’une rigueur toute démontrée lorsqu’il s’agit de faits historiques. La façon dont vous partagez votre passion a-t-elle pour objectif de transmettre un savoir, un amour pour cette science parfois trop négligée, les deux ?

Les deux. Mes romans sont des illustrations de l’efficacité d’une méthode, qui n’est autre que l’exercice de la raison, dans un monde qui bascule dans l’irrationnel, le règne des fausses informations, la manipulation, les préjugés et les régressions intellectuelles. La critique historique est une procédure, un cheminement intellectuel, utile dans toutes circonstances de la vie et pas seulement sur des sources historiques. C’est pourquoi la raison, l’esprit rationnel, est la seule arme véritable de mes héros, ils n’en ont guère d’autres à leur disposition, ou alors ils improvisent…

Après deux opus, d’autres surprises peuvent-elles encore surgir ? Pouvez-vous nous confier si un troisième volume est à venir ?

Concernant les surprises, je vais vous faire une réponse d’historien : vraisemblablement…
En fait, si La Solution Thalassa rencontre son public de lecteurs, il est probable qu’un troisième opus verra le jour, d’autant que Laura et François ont du mal à rester tranquilles, surtout Laura…

ARTICLES RECENTS

#012 ✦ Club Lecture, Mai 2021 ✦ Moon Brothers (Sarah Crossan)

Vous avez sélectionné notre lecture du mois de Mai !

#010 [CHALLENGE] L'Escalier littéraire | Objectifs lecture 2021

PRINCIPE : Défier son rythme et ses capacités de lecture en atteignant des paliers prédéfinis de pages et de livres lus.

​#011 Takoubook et les Gourmandises Littéraires deviennent partenaires

Vendredi dernier, Takou a officiellement rejoint le réseau de partenaires des Gourmandises Littéraires en devenant blog affilié.

#009 [INTERVIEW] Pierre-François Kettler

Comédien, metteur en scène, auteur dramatique, passionné de Victor Hugo (j’ai créé le site « Entendre Victor Hugo »), de Robert Desnos, de poésie et de jeu, je mets depuis toujours