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#008 [INTERVIEW] Pierre-François Kettler (L'Eschylliade)

► Quelques mots pour vous présenter à nos lecteurs ?

Comédien, metteur en scène, auteur dramatique, passionné de Victor Hugo (j’ai créé le site « Entendre Victor Hugo »), de Robert Desnos, de poésie et de jeu, je mets depuis toujours mes écrits au service de l’humain, dénonçant notamment le Code Noir ou le génocide contre les Tutsi au Rwanda. Les voyages m’ont ouvert sur le monde ; le théâtre m'a réconcilié avec mon corps et mon esprit. Depuis 2015, j’harmonise ma chair et mes rêves en les écrivant. Mais il ne faut pas se fier aux apparences : en réalité… je suis un chat !

► Si nous avons été mis en relation, c’est parce que nous collaborons avec les Editions d’Avallon, chez qui vous êtes publié. Que pensez-vous de leur démarche ?

J’y adhère complètement. Ils s’inscrivent dans un mouvement de résistance générale au système sociétal dans lequel nous vivons. Ils défendent des valeurs, dont le fait de garantir des droits d’auteur plus conséquents que les autres éditeurs.

► L’Echylliade nous a énormément touchés, et plus particulièrement Lily, l’une de nos chroniqueuses. Etait-ce une volonté de transmettre autant d’émotions à travers ce récit d’apparence si simple ?

Je serais enchanté d’échanger avec Lily quant aux émotions qui l’ont traversée. J’écris de façon organique, avec le désir de raconter une histoire, mais aussi de parler de notre monde, de ses contradictions, en les transposant dans un monde parallèle, de façon à les rendre encore plus lisibles. Par contre, je ne suis pas maître des émotions ressenties par le lecteur, qui réinvente en lisant.

​► Votre roman s’adresse à un public très vaste, des « 9 à 99 ans ». Ainsi, vous invitez au fil des âges à lire entre les lignes, et les interprétations sont multiples. Que pourriez-vous nous dire sur la réflexion qu’a impliqué la conception de ce livre aux mille facettes ?

Quand j’écris, je ne réfléchis pas (ou alors au sens de réfléchir la lumière), je raconte une histoire avec un point de vue. Dans L’Eschylliade, c’est celui d’un chat, siamois de surcroît, faussement modeste, mais très lucide quant aux comportements deux-pattes. Le monde de la fantasy fourmille de races différentes, ce qui permet d’aborder le racisme de façon évidente, le rapport à l’autre, à sa différence, mais aussi quelles valeurs peuvent s’inventer pour vivre avec cet autre. Le sens présent derrière L’Eschylliade concerne la mémoire et sa reconquête.

► Vous abordez particulièrement l'attrait au pouvoir et les responsabilités qu'il implique. Pour un jeune chat comme Eschylle, qui découvre ces notions, c'est aussi comprendre la différenciation raciale et les mœurs sociales. Briser la candeur de votre protagoniste n'est-il pas une façon, à votre manière, d'enseigner votre point de vue ?

Tout roman raconte aussi, en creux, l’auteur… et sa résonance avec le monde qui l’entoure. J’ai la « candeur » d’Eschylle. Eschylle, c’est moi…

► La suite de la série semble être attendue avec impatience. Que pouvez-vous nous révéler sur le second volume ?

Ton identité préserveras… Comment rester fidèle à soi-même et se défier des apparences, quand le monde ne tourne pas rond ?

​► Si vous deviez résumer votre œuvre en une dizaine de mots ?

L’Eschylliade pourrait se nommer « À la recherche de la mémoire perdue »… en dix leçons.

► Avez-vous d’autres projets littéraires en réserve ?

Dans le monde de Belmilor, il y a les neuf tomes suivants de L’Eschylliade, mais j’ai aussi d’autres projets évoquant la jeunesse des protagonistes. En particulier, comment Bélerin, l’Elfe Noir, est-il venu sur terre ? Qu’a vécu Wulfina, avant de rencontrer Léo, dans l’Empire des Crocs ?  Je travaille aussi depuis quelques années sur un gros pavé évoquant la mise en place d’un génocide au Nadwar, pays voisin de l’Empire Brun et du Haut-Royaume de Lear.

J’ai, actuellement, trois autres romans en projet :

L’un, qui évoque la vie d’une femme immigrée du point de vue de sa fille, âgée de treize ans, alors qu’elle découvre l’amitié et l’amour ;

L’autre, où une jeune femme de dix-sept ans se réveille, blessée et amnésique, dans une ville assiégée et enneigée ;

enfin, un roman de SF, où le narrateur est un chat… qui n’est pas siamois.

► Souhaitez-vous ajouter quoique ce soit ?

La curiosité est ce qui nous sauvera. Nous sommes là pour apprendre, pour nous réinventer chaque jour. La lecture est une fenêtre sur notre monde, pour y échapper... et pour y revenir.