Laurence Qui-Elle, auteure de La Masculine, nous en dit plus sur son œuvre impressionnante.

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[INTERVIEW] Laurence Qui-Elle

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La Masculine a fait le tour des communautés littéraires, pour sa particularité d'être un récit exclusivement féminin. Est-ce un phénomène que vous aviez prévu ?

Je me réjouis que la Masculine fasse le tour des communautés littéraires. Elle n’était pas destinée à un public précis mais à l’ensemble des lecteurs, à tous ceux qui considèrent qu’un livre est une fête pour l’esprit.

L'Oulipo est par définition une contrainte rédactionnelle. D'où vous est venue  l'idée de bannir le genre masculin de vos écrits ?

Tout d’abord, la littérature expérimentale me plaît. Dans ma vie d’étudiante de lettres et puis d’enseignante, j’ai beaucoup admiré  les Oulipiens tels que Raymond Queneau, Jacques Roubaud, Georges Perec, Marcel Bénabou. Ils m’ont incitée à découvrir la littérature par l’exploration de ses potentialités langagières. Ils m’ont fait comprendre l’intérêt de la mise en œuvre de contraintes pour faire rayonner la créativité. J’ai fait alors le pari de raconter une histoire de femmes exclusivement au féminin, de produire une nouveauté, à savoir une entente tacite entre le fond et la forme d’une histoire, où la langue et le style importent autant que l’imaginaire. J’ai tenté de faire jouer la langue autrement, de la retravailler et d’ouvrir un espace double de fiction.

Par son titre et sa particularité, votre œuvre est sujette à réflexion : La Masculine, roman féministe ? Pourtant, ce n'est pas l'impression qu'en ont eu nos lecteurs. Une remarque par rapport au message que vous faites passer ?

La Masculine est en effet cent pour cent féminine par son titre et par son astreinte langagière. Elle s’est fixée cette exigence d’écriture. Pour autant, la composition de cette histoire d’anticipation a vocation à l’universalité, à tout ce qui est commun aux hommes et aux femmes.  La Masculine n’est ni militante, ni moralisatrice. Elle expose une société fictive qui finira par être impossible à vivre si elle ne trouve pas de solutions : sociétale, environnementale. L’histoire est là pour faire  réfléchir et rire.

Plus qu'un récit à thématique, La Masculine est une véritable démonstration de force en ce qui concerne votre maîtrise de la langue Française. Là aussi, un point de vue à défendre ?

En m’assignant cette contrainte de l’absence du masculin, j’ai travaillé sur toute la richesse de notre langue française et de son vocabulaire, j’ai joué avec tous ses niveaux (grossier, familier, courant, soutenu) avec d’autres ressources  possibles : mot-valise, jeux de mots, néologismes. Ma règle de conduite a été dictée par l’amour que j’ai pour ma langue maternelle. La Masculine est une voix chantante, passionnée, émotive dans le monde des mots.

Si on ne se trompe pas, l'écriture fait partie intégrante de votre vie professionnelle. D'autres centres d'intérêt viennent-ils compléter cette passion ?

La lecture et la découverte des textes d’autrui me passionnent.
J’ai d’autres passions également qui touchent à l’environnement et aux animaux.

Un dernier mot à adresser à nos lecteurs ?

Pour pouvoir penser, agir par soi-même, chaque femme et chaque homme doit faire usage de la langue.  Elle est la marque de sa moralité et de sa culture.

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