Tokyo Vice

Article publié le

12 octobre 2020 à 09:29:15

par

Telesia

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Tokyo Vice: An American Reporter on the Police Beat in Japan

Jake Adelstein

2009

496

Témoignage

"Jake Adelstein est journaliste. Tokyo Vice est son histoire." En 1993, Jake Adelstein entre au service Police-Justice du Yomiuri Shibun, le quotidien japonais le plus influent. jeune diplômé, il découvre son métier en même temps que le pays, bien différent de son Missouri natal. Peu à peu, il tisse autour de lui un réseau solide, et devient un informateur clé de la police de Tokyo en couvrant avec elle de nombreuses affaires liées au crime organisé et à la prostitution. Client récurrent dans les bas-fonds de la ville, il finit par trouver sa place dans l'estime d'un certain nombre de Yakuzas. Cela dit, lorsque ses enquêtes deviennent des enjeux personnels, Jake sait qu'il perd pied. Et pourtant, rien ne l'empêche de s'en prendre au plus grand Yakuza du Japon, tandis qu'il voit tout son entourage s'effondrer autour de lui. En 2009, ce n'est plus seulement un article de journal qu'il publie, mais l'édition française de son autobiographie : Tokyo Vice.

*    *    *

Originaire du Missouri, Jake Adelstein est le premier journaliste occidental à travailler pour le plus grand quotidien japonais : le Yomiuri Shinbun. Au cours de sa carrière dans les médias, il côtoie et se lie d’amitié avec de nombreuses personnes, toutes les plus opposées les unes des autres : journalistes, policiers, Yakuzas et prostituées, entre autres.

​Etonnamment, Jake décrit au départ le crime organisé de manière assez flatteuse. Particulièrement respectueuse et honnête, la mafia japonaise aurait des principes et des valeurs incontournables.

► "Tu m’as sauvé la vie. C’est le genre de choses que l’on n’oublie pas. Si tu as besoin de quoique ce soit – infos, femmes, argent – viens me voir. Il y a des dettes dont on ne peut pas s’affranchir. Je te serai redevable jusqu’à la mort."

​Interlocuteur favoris d’un certain nombre de Yakuzas, l’un d’eux ne porte malgré tout pas Jake dans son cœur. Le parrain du Goto-gumi n’aura de cesse de le traquer dans une course interminable. L’objectif ? Camoufler le plus longtemps possible un acte défiant toutes les valeurs du crime organisé japonais. En outres : expatriation temporaire, blanchissement d’argent dans les casinos de Las Vega – le Caesar Palace et le Grand, entre autres –, trahison de ses collègues de toujours en échange de soins médicaux.
En effet, le plus grand Yakuza du japon avait besoin d’une greffe de foie. En prévision de son opération, il s’est arrangé pour blanchir de l’argent à Las Vegas, qu’il aurait supposément perdu. Son réel but ? Il fallait qu’il entre sur le territoire Américain, et qu’il soit en tête des listes en attente de greffe.
Bien sûr, l’ambassade américaine et le FBI y ont vu un moyen de soutirer à Goto de nombreuses informations sur le crime organisé au Japon, que ce même pays refuse depuis toujours de partager. Si l’accord est compréhensible, Goto lui, ne l’a certainement pas respecté. Il a livré certains de ses compatriotes oui, mais pas autant qu’il l’aurait dû.
​De 1991 à 2008, Jake Adelstein retranscrit fidèlement les éléments essentiels de son parcours professionnel et personnel pour publier en 2009 une autobiographie sous le nom de Tokyo Vice. L’œuvre paraît en France en 2016.
Son travail interpelle de nombreuses personnes influentes, et les Yakuzas du Yamaguchi-gumi le remercient de son implication.

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​Entre les Etats-Unis et le Japon, on compte d’innombrables différences culturelles. Tokyo Vice comporte de nombreux termes japonais que Jake a jugé bon de retranscrire. Entre dasai et kanpai, il se qualifie lui-même de gaijin. Plusieurs comparaisons entre le Japon et l’Amérique sont régulièrement relevables, souvent teintées d’une touche d’humour.
► "Saitama. Un endroit si peu populaire aux yeux des citadins qu’il est à l’origine d’un adjectif qui lui est propre, dasai. C’est-à-dire « ringard, emmerdant, démodé ». En d’autres termes, on allait m’envoyer dans le New Jersey du Japon."

​En 1991, Jake Adelstein s’inscrit aux examens d’entrée aux grands journaux japonais. En 1992, le Yomiuri Shinbun l’engage officiellement. L’immersion au sein de la presse japonaise est complète, puisqu’il passe plus de dix ans de sa vie à travailler pour le célèbre quotidien. Soumise à énormément de préjugés, ceux-ci sont loin de se vérifier : « La presse japonaise est souvent décrite par les médias étrangers comme un ramassis d’employés de bureau asservis et obséquieux, mais ce n’est pas tout à fait ça. »

​Le journalisme est un métier éprouvant et compliqué, rigoureux et pourtant très libre.

► « Ceci fut le début et la fin de notre formation »

​Au court de toutes ces années, Jake couvre un grand nombre de quartiers de Tokyo. Entre Saitama, Kabukicho et Roppongi, il y a toujours de quoi faire. Aux côtés de l’ANP et du TMPD, il côtoie des quartiers à l’ambiance glauque et malsaine.

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​« Le journalisme est toujours une question de résultats et non d’efforts ». Dans le métier, rien n’est acquis. La déception et la frustration font partie de votre quotidien. Jake est quelqu’un de très humble mais en vérité, il a une fierté bien ancrée. En somme, l’unique journaliste gaijin du Yomiuri est respectueux, rigoureux, sérieux et perfectionniste. Mais au-delà de ses valeurs personnelles, les obligations de sa profession surpassent. L’hypocrisie fait partie intégrante du mode de vie du journaliste et du policier. Malgré tout, Jake est au fond de lui un homme sensible, qui croit en certaines causes. Il crée des liens. Il s’attache aux gens. Et bien qu’il se soit forgé un caractère dur et distant, il ne peut s’empêcher de s’investir personnellement dans certaines affaires.

​C’est pour cette raison que même avoir perdu son scoop sur Goto, Jake avait besoin de révéler ses torts au grand public. Le parrain de la mafia japonaise aux Etats-Unis ? Une greffe du foie prioritaire sur de nombreux américains suite à un accord avec le FBI ? En échange de quoi ? De toutes les informations possibles et inimaginables sur le crime organisé au Japon.

​Mais après toutes ces années de recherche, un simple article dans un quotidien ne suffisait plus. Il lui fallait quelque chose de plus conséquent. Il lui fallait Tokyo Vice.

​Finalement, au-delà de son besoin de dénoncer, Jake n’écrit pas seulement pour partager son expériences, mais aussi pour se livrer, et se vider de ses ressentis.

► "Puisque je n’écris pas pour un journal ici, je peux donner mon point de vue là-dessus."

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​Divisée en trois parties distinctes et explicites, l'oeuvre différencie trois étapes clés dans la carrière de Jake Adelstein.
La première met en place le contexte. Il relate la manière dont Jake a tissé autour de lui on réseau de contact. Comment il a géré son immersion au sein de la culture Japonaise, de laquelle il va rapidement s’imprégner.
Le second tiers du roman parle clairement des éléments ayant fait basculer Jake Adelstein. De journaliste et informateur exemplaire, il est passé à habitué de la décadence et fouineur intéressé.
Enfin, la dernière section concerne directement le Goto-gumi et la course-poursuite qui s’ensuit.
​La syntaxe de Jake est propre, efficace et concise. Les descriptions sont claires, précises, agréables. Cela dit elles énoncent un grand nombre de détails utiles, allant droit au but. Le récit est fluide et informateur.
Jake ne cherche pas à nous tenir en haleine. Ni à nous émouvoir. Le but n’est pas tant de raconter, mais surtout de transmettre au lecteur une expérience de vie.
Tokyo Vice n’est pas un roman. C’est un témoignage, un documentaire personnel, rédigé sur papier.

Un épilogue éprouvant, une histoire à couper le souffle. Il n’est pas aisé de réaliser que l’histoire de Jake Adelstein est réelle. Simplement parce qu’elle est d’une ampleur inimaginable. Une histoire que l’on voit dans les scénarios de films et de romans de fiction. Jake est de ceux qui ont du cran. Il a osé, il a sombré jusqu’à ressembler à ceux qu’il accusait. Pour les faire tomber. Et il y est parvenu. Il a changé les choses, au prix de sacrifices incomparables. Son histoire mérite d’être partagée. Certes, la dernière partie de l’œuvre est plus concise. Elle relate peu les détails de l’enquête « principale », celle du teaser. Mais quiconque se sera réellement intéressé à son histoire réalisera que le récit de sa vie est un jeu de piste qui aura mené à la vérité. Parfois, le contenu vaut plus que la conclusion. Et parfois, la jurisprudence et le passé en disent plus que le présent.

Synopsis

« Parfois, mieux vaut avoir de la chance que d'être bon. »

Quand Jake Adelstein intègre en 1993 le service Police-Justice du plus grand quotidien japonais, le Yomiuri Shinbun, il n'a que 24 ans et il est loin de maîtriser les codes de ce pays bien différent de son Missouri natal. À Tokyo, il couvre en étroite collaboration avec la police les affaires liées à la prostitution et au crime organisé. Pour cela, il n'hésite pas à s'enfoncer dans les quartiers rouges de la capitale, dans les entrailles du vice et de la décadence. Approché par les yakuzas, il devient leur interlocuteur favori tout en restant un informateur précieux pour la police. Une position dangereuse, inédite et ambivalente, aux frontières du crime, qui incite Jake Adelstein à entrer dans un jeu dont il ne maîtrise pas les règles.
A mi-chemin entre le polar mafieux et l'enquête journalistique, Tokyo Vice est aussi le roman initiatique d'un jeune journaliste américain à Tokyo qui nous livre, avec beaucoup d'humour, un témoignage nerveux sur l'envers de la société nippone.

Jake Adelstein est le premier étranger à avoir intégré la rédaction du Yomiuri Shinbun. Pendant plus de dix ans, il couvre le trafic d'êtres humains et le crime organisé. À la suite de son enquête sur les yakuzas, sa famille est placée sous protection du FBI pendant plusieurs années. Il a par ailleurs travaillé pour The Daily Beast, The Japan Times et Vice News.

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