Sans retour

Article publié le

25 mars 2021 à 20:17:43

par

Telesia

IMG_20210406_110717-1.jpg

En savoir plus

Titre original :

Auteur : 

Date de sortie :

Genre :

Pages :

Sans retour

Tom Clearlake

2021

626

Thriller

Policier

Horreur

Pourquoi l'Homme se soumet-il à la société qu'il a lui-même érigée ? Pourquoi donne-t-il l'impression d'accepter l'asservissement à ses dépends ? Que se passe-t-il alors lorsqu'il se retrouve isolé, loin de ses propres règles ? Dans un élan d'imagination sordide, après [Tréfonds] - qui avait lui aussi manipulé l'esprit par les vices -, Tom Clearlake enrichit son portfolio d'un thriller à l'ambiance lourde, pesante, étouffante. Les événements allant crescendo, [Sans retour] dépeint parfaitement l'éruption brutale de l'instinct humain en cas d'isolement prolongé. Tourmentés à foison, déchirés entre la bonne conscience collective et l'égoïsme primitif propres à l'Homme, les 14 résidents d'Eagle Crest n'en ressortiront clairement pas indemnes.

*    *    *

Dans un environnement clos coupé du monde, sans réseau ni nourriture, jusqu'où pourriez-vous aller pour survivre ? C'est la question que nous posent à tous Tom Clearlake et son protagoniste John Gardner. Loin des regards, que ne ferait-on pas pour se donner l'assurance de vivre ? Sous des airs de père de famille protecteur et attentionné, le PDG de la T&J company se donne tous les arguments possibles pour donner un sens à ces dix-huit jours d'enfer.
Obligé de prendre en charge la totalité de ses invités ainsi que sa famille, il donne de son être pour tous les protéger des menaces extérieures, les obligeant à se confiner sous des réglementations improvisées mais pas moins sévères.

❝ J'ai pris une décision en mon âme et conscience, dans l'intérêt de tous. ❞

Allant jusqu'à sacrifier son humanité en commettant des actes odieux, John Gardner répand à petit feu une aura poisseuse contagieuse, spectre de mort implacable. Dans cet environnement étroit, les murs semblent réduire l'espace au fur et à mesure que les jours passent. A chacun sa réaction et sa force d'esprit, à chacun ses convictions ; mais là où l'espace manque, il n'y a plus de place pour les différends.
La pression se fait palpable, et la tempête ne fait plus seulement rage à l'extérieur : elle a bel et bien pris possession du lodge d'Eagle Crest. Doucement, le vice se manifeste de façon de plus en plus explicite, à travers des paroles, des nerfs, des actes. De la tromperie à la folie, en passant par l'arrachement et le déchirement d'autrui, il s'agit d'une véritable tuerie, d'un bain sanglant malsain, inhumain. Une série d'avulsion de dents cariées.




Si par son angle d'approche la structure de ce thriller bouleversant reste surprenante, il est rapidement fait état d'un suspense inversé. L'introduction se fait ainsi côté police pour subitement dévier vers les montagnes, dans le lodge où John Gardner et les autres sont retenus captifs par une météo sans pitié. En suivant tout simplement les événements dans leur ordre chronologique, le lecteur ressent la pleine puissance de l'horreur qu'auront vécu les protagonistes. Une douce pente vers un abîme sans fond, d'où aucun retour n'est possible. L'angoisse ne réside par conséquent pas dans l'attente, mais véritablement dans l'issue finale : comment tout cela va-t-il se terminer ? Y aura-t-il seulement une fin autre que la mort ?
Tom Clearlake oppose à la perfection la monstruosité à la "normalité" selon les conventions et à l'amour. En cela se distinguent rapidement ceux qui se nourrissent des vices pour en tirer de la puissance et ceux qui les annihilent pour se soucier réellement de l'autre. Finalement, rien n'est moins sûr que la durabilité de cette théorie, laquelle s'applique à une situation donnée et non pas à tout un chemin de vie... De quoi en retourner l'esprit le plus têtu : l'innocence reste une apparence factice, car peu importe le rôle que vous avez joué, vous êtes forcément coupable de quelque chose.





A partir d'une problématique simple, sujet de la science et question abordée sous une multitude d'angles différents, [Sans retour] construit un récit horrifiant et provoque le dégoût, voire la nausée. Différent des romans à mi-chemin avec le surnaturel auxquels nous a habitués Tom Clearlake, celui-ci est pourtant tout aussi surprenant. Si l'enchaînement des faits reste en somme prévisible - puisqu'on parle effectivement des réactions "logiques" et "raisonnées" de l'esprit humain, bien qu'elles aillent à l'encontre des conventions sociales -, [Sans retour] fait naître une sensation de mal être et de malaise incontournable, l'impression d'être entièrement acculé. L'imagination de l'auteur est glaçante.

Et en tant que lectrice...
- - -

❝ Cet auteur me donne presque des cauchemars. Je me sens super mal à l'aise à la fin de ma lecture... une réussite troublante, difficile à exprimer à chaud. ❞

⇨ Comment est-ce possible qu'un auteur puisse me tétaniser à ce point ? Moi qui suis réellement difficile et peu impressionnable, je suis encore une fois bluffée par le génie de Tom Clearlake, dont le talent et le travail méritent le prestige des grands noms du roman noir.

⇨ Lorsque j'ai écrit ma chronique, je n'ai pas eu envie de rentrer dans les détails comme à mon habitude. Je voulais juste tenter de transmettre à quel point la plume de Tom joue avec nos nerfs, nos émotions et nos sentiments. Je ne mens pas quand j'affirme qu'il parvient à chaque fois à m'effrayer. Je me suis sentie souillée à la fin de ma lecture, comme si le poids des crimes commis à Eagle Crest nourrissaient ma culpabilité. Comme si j'étais moi-même complice.

⇨ J'ai d'abord été un peu surprise par l'approche initiale. On passe du coq à l'âne sur les premiers chapitres, puis on plonge au cœur du sujet pour ensuite faire à nouveau un pas en arrière de façon plutôt brutale, vers le dernier tiers. Finalement, même si la démarcation reste très marquée, ça ne m'a pas dérangée, et j'ai plutôt même bien accepté ce format atypique qui souligne favorablement l'ensemble.

⇨ Je n'ai jamais ! été déçue par Tom. Je pense sincèrement qu'il mériterait sa place en librairie et en commerces de grande distribution. J'ai même du mal à comprendre pourquoi ce n'est pas déjà le cas. Je vous invite vraiment tous à tenter l'expérience, car Tom est pour moi un auteur à faire connaître, plus que tout autre aujourd'hui selon moi. Une vraie pépite.

Synopsis

Lors d’un séjour à la montagne, John Gardner, dirigeant d’un groupe de sociétés, et sa famille, reçoivent amis et associés dans un lodge luxueux, au cœur des Rocheuses. Au deuxième jour, une tempête de neige se lève. Les routes sont bloquées. Les réseaux hors-service. Ils se retrouvent coupés du monde.

Quand le blizzard cesse, dix-huit jours ont passé. Les occupants du lodge sont secourus et placés en observation.
Cinq d’entre eux sont portés disparus.
Les survivants sont extrêmement amaigris.
Et en état de choc.

Ils ne parleront pas. Ils garderont le secret.
Le plus atroce des secrets.

41aJtZH9n7L_edited.jpg

NOUS RETROUVER

Telesia (Fondatrice)

  • Facebook
  • Instagram
  • Noir Twitter Icon

Chroniqueurs partenaires

– Lily (Dame Doourse)

– Takou (Takoubook)