Le Diable, tout le temps

Article publié le

12 octobre 2020 à 10:48:10

par

Telesia

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Titre original :

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The devil all the time

Donald Ray Pollock

2011

408

Contemporaine

​Knockemstiff, 1957. Le premier roman de Donald Ray Pollock a lieu trois ans après sa naissance, au sein de la même commune, en Ohio. Le Diable tout le temps fait suite à son recueil de nouvelles, simplement intitulé Knockemstiff. Le quinquagénaire obtient le Grand Prix de la Littérature Policière Etrangère en 2012, et le Palmarès du meilleur livre de l’année (Magazine Lire) au cours de la même période. Inspiré par son lieu de naissance, il exprime à travers ses écrits une imagination sans limite, d’un lugubre impressionnant. Une prose à s’en donner des frissons. Le Diable tout le temps, c’est l’incarnation du mal ; le ballet impressionnant de psychologies misérables et tourmentées. L’auteur ne prend parti pour aucun de ses protagonistes, il se contente de les comprendre et de les observer, à l’instar du lecteur. Un enchevêtrement de lignes de vie dont les nœuds complexes s’imposent et se multiplient.

*    *    *

« Arvin ne savait pas ce qui était le pire, la boisson ou la prière. »
L’ambiance est lourde, orageuse, comme une brume pesante sur le récit. La prose de Pollock imprègne les pages pour délivrer une narration mystique, et une distance respectueuse s’insinue comme face à la lecture sacrée. Pourtant, le frisson de l’irrespect rythme le corps du roman, alors que le cœur de ce dernier repose sur la foi d’une famille étrangère installée à Knockemstiff, commune renfermée et individualiste. « Trop de religion pouvait être aussi néfaste que trop peu, peut-être même pire. » Divisée en six parties, l’œuvre repose sur une tristesse constante, véhiculée au travers d’un vocabulaire dure, vulgaire parfois, mais léger et doux d’autres fois. Un contraste frappant, plus qu’il n’en faut pour un réalisme à toute épreuve.

​Six parties, plus ou moins chronologiques. Elles distinguent surtout les différents destins qui ne cessent de s’entrechoquer. Knockemstiff, Meade, tout l’état de l’Ohio, la côte… que de lieux explorés. A la source de l’ouvrage, la lutte de Willer contre ses souvenirs de guerre, qu’il enfouit en automne 1945 sous l’alcool et la foi. Jamais les deux en même temps, toujours l’un après l’autre. S’il y a une règle que Willer respectera toute sa vie, c’est la suivante : on ne se confie pas au Seigneur en ayant bu une goutte d’alcool. Sa famille a du mal à s’intégrer au sein de la commune, trop à part, trop pratiquante.
L’œuvre aborde la religion de deux façons différentes. Autant Willer voue une foi inébranlable en son Seigneur, autant l’ambiance générale du roman dépeint une atmosphère lourde, pesante, macabre. Du monde, « […] il n’en reste plus qu’un hymne funèbre, lugubre, menaçante. » L’Enfer est sur Terre, et la foi de Willer n’est là que pour l’espoir, un jour, d’entrapercevoir une étincelle de lumière.

Il est de ceux qui oublient l’obscurité de leur âme dans l’alcool, pour se confesser au Seigneur ensuite, pour le bien de leur famille. Tandis que d’autres se contentent de sombrer dans la folie, se persuadant qu’ils œuvrent pour leur Dieu, à sa demande. Dans le monde de Donald Ray Pollock, les prédicateurs sont fanatiques et les croyants le deviennent. Les non-pratiquants sont criminels et impardonnables, et les mères de famille sont pathétiques, inspirent la pitié.
S’assurer un avenir en sacrifiant son bonheur et sa santé. Ecraser son destin sous sa laideur et sa négligence. Se donner au premier venu pour se promettre une lignée. Se rapprocher de Dieu en se donnant importance : celle qui accordent le droit de juger l’autre et de lui ôter la vie. « Il n’y avait qu’en présence de la mort qu’il pouvait sentir quelque chose comme la présence de Dieu. »

​Pollock rédige son œuvre d’une prose fluide et harmonieuse, rythmée. Un premier qui se vit du premier mot au dernier point. Il écrase sur la face de l’humanité les plus gros vices de l’espèce humaine, ses aspects les plus sombres. L’enfer partout, l’enfer tout le temps.
« Roy s’essuya la sueur du visage avec une couche sale du bébé. » Le dégoût est une sensation omniprésente ; elle mène le lecteur à la répulsion. Les protagonistes sont fous, à ce que l’on dit. Et pourtant, ils n’ont rien de plus banal. Ils sont vous, ils sont nous. Transformer sa foi en espérances immondes et malsaines, transposer ses envies en fantasmes douteux, nourrir son désespoir en actes extrêmes. Des traits de personnalité se créent et suscitent en chacun ce qu’il y a de plus sombre.

Une œuvre crue, choquante. Sexe, religion, fantasmes et pratiques sacrées sont sans cesse liés, et pas pour le moindre. « Tous les chrétiens fameux n’étaient-ils pas des fanatiques ?

Synopsis

De l'Ohio à la Virginie-Occidentale, de la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 60, les destins de plusieurs personnages se mêlent et s'entrechoquent. Williard Russell, rescapé de l'enfer du Pacifique, revient au pays hanté par des visions d'horreur. Lorsque sa femme Charlotte tombe gravement malade, il est prêt à tout pour la sauver, même s'il ne doit rien épargner à son fils, Arvin. Carl et Sandy Henderson forment un couple étrange qui écume les routes et enlève de jeunes auto-stoppeurs qui connaîtront un sort funeste. Roy, un prédicateur convaincu qu'il a le pouvoir de réveiller les morts, et son acolyte Théodore, un musicien en fauteuil roulant, vont de ville en ville, fuyant la loi et leur passé.

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