Grandir, Journal 2017-2019

Article publié le

23 mars 2021 à 14:50:00

par

Telesia

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Grandir, Journal 2017-2019

Elise Pourkier

2020

130

Témoignage

Quand on a affaire à une coach de vie et thérapeute, difficile de penser qu'elle puisse elle-même souffrir de mal-être relationnel. Toujours souriante, Elise Pourkier renvoie en effet l'image d'une praticienne accomplie. Une certitude pourtant bien vite ébranlée par son témoignage : [Grandir] ; un journal qu'elle rédige suite à la disparition d'un être cher. D'abord rejeté par les éditeurs au détriment de récits plus vendeurs - selon quels critères, allez savoir -, [Grandir] est ensuite paru en autoédition. Ouvrage poignant et révélateur, le récit d'Elise démontre à quel point la méthode et la théorie ne sont qu'un accompagnement vers l'accomplissement de soi et non pas une solution miracle, un chemin douloureux qu'elle arpente en y associant ce journal de bord qu'elle estime libérateur. Au fil des pages, elle y décrit à quel point elle souffre de l'opposition entre son amour pour ce proche disparu et son rejet de cette même personne. C'est ainsi que le poids des remords, mis en corrélation avec les bienfaits d'un égoïsme réparateur, appuient encore plus fort sur le déchirement qu'occasionne la séparation.

*    *    *

Elise, thérapeute et coach de vie, mal dans sa peau ? son sourire épanoui ne serait-il donc qu'une facette ? A travers [Grandir], la jeune femme explicite son vécu en partageant son expérience de vie : à chacun de puiser en lui-même les ressources nécessaires à la guérison.

❝ Ce récit est un journal. Le journal du deuil que j'ai entamé à la mort de mon père, le 17 juin 2019. ❞

Le rejet des éditeurs envers l'oeuvre et le travail d'Elise se justifie par les arguments commerciaux qui s'appliquent à la littérature non-fictionnelle. Comment ça, encore un témoignage ? Qui s'intéresse au deuil réalisé par une parfaite inconnue, sans qu'un événement fabuleux ou fortement plus malheureux que la mort ne survienne ? Les lecteurs ne s'intéressent-ils pas plus au romans fantastiques ? épiques ? d'aventure ? Qui sommes-nous pour juger qu'une expérience ne soit pas suffisamment intéressante pour être publiée ? Le partage est pourtant une notion fondamentale de l'écriture. Comme beaucoup d'autres actions, il s'agit d'ajouter sa pierre à l'édifice social. Désormais auteure auto-éditée, Elise fait son bout de chemin avec un entrain contagieux. Sa joie de vivre, la douceur et la bienveillance qu'elle dégage sont tout autant d'arguments en sa faveur.

❝ Ecrire, lire, partager, c'est avancer. ❞

Avancer, oui, mais aussi laisser derrière soi le passé pour effectivement grandir. Quoique renié par les figures de l'édition, le récit d'Elise n'est cependant pas seulement la rédaction d'un vécu, mais bien l'illustration d'une leçon de vie douloureuse. Poignante et pleine d'émotion, cette tranche de vie est facilement représentée et interprétée par le choix que l'auteure fait de sa première de couverture.
C'est Elise elle-même qui s'y trouve, dans sa condition d'adulte mais en situation d'enfant. Comprendre : que laisser derrière soi pour aller de l'avant ? que conserver au fond de soi pour éviter de se perdre ? de renouer avec sa première position de vie ?

❝ Dire aurevoir est rarement facile, surtout quand il s'agit de faire ses adieux à une personne que l'on aime. ❞

L'ensemble du témoignage emploie des mots forts. Il n'y a pas de demi-teinte pour exprimer la douleur, la peine et l'émotion. Si le journal se veut être un acte libérateur, il ne l'est réellement que si son auteur l'emploie correctement. Ainsi Elise ne se prive-t-elle pas d'écrire noir sur blanc qu'en effet, cet homme qui lui était cher est mort. En évitant les euphémismes, les métaphores ou tout autre figure de style visant à alléger l'impact des événements évoqués sont immédiatement écartés. La thérapeute livre donc son identité et son intimité - sa vie personnelle en d'autres termes -, avec la conviction profonde qu'elle se permettra ainsi de se libérer elle-même, mais aussi peut-être de permettre à d'autres - à nous, ses lecteurs, se libérer eux-même.
Se mêlent alors le rationnel des faits relatés, confronté à la fine frontière le séparant de l’interprétation et de l'imagination. Est-ce important ? D'un vocabulaire simple et juste et de phrases courtes, caractéristiques typiques de l'acte de libération par l'extériorisation, Elise livre un récit parfois non linéaire qui correspond au tourbillon de ses émotions en lesquelles chacun saurait se retrouver un peu... ou tout entier.



Il semble y avoir beaucoup de drames relationnels ou de rapports conflictuels en lien (qu'ils en soient la cause, la conséquence ou détachés tout en étant étroitement liés) avec le deuil d'Elise. Elle qualifie ses rapports avec son proche de « distants et empruntés », tout en affirmant qu'il est parfois nécessaire d'écarter les gens de soi lorsqu'ils vous sont néfastes. Pour une raison que la coach de vie n'explicite pas tellement (elle n'avait pas besoin de le faire), sa douleur se heurte violemment à la colère qu'elle nourrit envers le disparu.

❝ Entre mon mariage et ton décès, les masques sont tombés. [...] Tu me manques beaucoup [...], mais je fais le choix d'être heureuse. ❞

Un choix difficile que de laisser derrière soi un être si cher, de quoi donner un double sens à la signification de cette citation évoquée plus haut, « Dire aurevoir est rarement facile », d'autant plus lorsqu'il s'agit d'un choix, d'une affirmation de soi. Il s'agit de cet égoïsme libérateur qui ronge l'esprit de l'intérieur à travers la culpabilité, à travers la sensation d'avoir fait du tort à l'autre. L'abnégation, quoi qu’étant, quelque part, une philosophie de vie, n'est pas un chemin vers l'épanouissement. En écartant les individus ou les comportements qu'on qualifie aujourd'hui de toxiques, Elise pense à elle et à son bien-être ; elle se libère du Jeu, mais aussi de l'emprise relationnelle et du don de soi.



[Grandir] est pour ainsi dire un témoignage, le récit d'une tranche de vie douloureuse renvoyant un message d'écoute de soi, de bienveillance et d'acuité des sens. A travers son vécu, Elise partage avec ses lecteurs quelque chose d'encore plus profond que son programme de bien-être. Elle démontre à quel point nous sommes la clé de notre propre bonheur, mais aussi les seuls à pouvoir comprendre nos besoins, nos peurs, nos joies. En partageant avec le monde la façon dont elle expérimente le deuil, elle permet à chacun d'avancer un peu plus vers l'acceptation et l'ouverture d'esprit. Un livre court, à lire absolument.




⇨ Et en tant que lectrice...
- - -

❝ Il est bien votre manuscrit, mais vous savez, si vous n'êtes pas célèbre, votre témoignage de deuil , ça n'intéressera personne. ❞

↬ J'ai un respect profond pour l'écriture et l'édition, composantes essentielles de ma passion. Pour autant, je ne m'interdis pas de monter au créneau quand il s'agit de piétiner (je n'ai pas trouvé de mot plus juste) le travail, le vécu et la sensibilité d'autrui.
Je ne mettrai pas de nom sur cette citation, @ozsmose le fera si elle le souhaite, mais quand j'en ai pris connaissance pour la première fois, mon sang n'a fait qu'un tour.

↬ Je comprends qu'on puisse refuser un manuscrit parce qu'il ne correspond pas à la ligne éditoriale ou parce que l'éditeur fait face à des éléments qui font que non, il ne sera pas possible de le publier. En revanche je ne comprends pas qu'on puisse refuser un manuscrit parce qu'il n'est pas suffisamment vendeur, et d'autant plus quand il s'agit d'un récit plein de talent ou de vérité - comme ici.

↬ [Grandir] m'a énormément touchée. J'en ai pleuré, et à chaudes larmes. Je ne saurais pas vraiment comment communiquer la passion et les émotions qui m'ont assaillie pendant ma lecture, mais je peux vous assurer que le détour en vaut la peine.

↬ Elise est coach de vie et thérapeute, elle mérite le soutien et la reconnaissance qu'elle véhicule elle-même chaque jour par sa bienveillance. Lire son histoire m'a profondément affectée : on ne se doute jamais de la douleur qui se cache derrière le beau sourire de nos amis et connaissances.

↬ Alors pour finir, mille mercis à toi @ozsmose pour m'avoir confié cette partie de ta vie, de ton intimité. Merci de m'avoir fait comprendre à quel point tout n'est jamais acquis, jamais certain. Merci d'avoir partagé avec moi (et avec tous tes autres lecteurs) qu'« écrire, lire partager, c'est avancer ».

Synopsis

"Je n’ai jamais été aussi vivante que depuis que tu as commencé à t’éteindre, Papa. D’abord, en m’affirmant dans mes choix de femme libre et indépendante, à mesure que notre relation se délitait. Puis, en recevant des cadeaux de la vie depuis ton décès". Elise Pourkier, coach et thérapeute, livre dans ce journal ce qui l'a traversée à la mort brutale de son père, quelques jours après son mariage. Un récit intime et authentique qu'elle souhaite partager, convaincue que parler, écrire, c'est avancer sur le chemin d'une reconstruction lumineuse.

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