Fièvre de lait

Article publié le

21 décembre 2020 à 11:32:15

par

Telesia

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Fièvre de lait

Yasmina Bahagle

2020

479

Contemporaine

A 34 ans, Delphine est célibataire. A l'approche de la quarantaine, son instinct féminin et avant tout maternel soulève lentement mais sûrement l'urgence d'enfanter avant que l'horloge biologique n'atteigne son terme. Au cœur de Toulouse, la fin d'année est propice aux rapprochements humain et à la chaleur d'un environnement familial aimant. Sans même s'en rendre compte, Delphine se met à rêver. Le fantasme qu'elle nourrit dès lors donne naissance aux traits d'un futur de plus en plus clair dans son esprit. Mue par un relationnel instable dû à une enfance difficile, Delphine semble en proie avec un syndrome de l'abandon marqué ayant des conséquences non négligeables sur son rapport avec les autres. Son manque de confiance en elle et le sentiment de solitude qui l'accompagne constamment jouent alors un rôle certain dans sa gestion du stress et de sa grossesse.
Dans ce roman contemporain poignant, Yasmina Behagle transmet à la gente féminine un message à la fois douloureux et dénonciateur, où le soutient envers une femme enceinte n'est pas optionnel mais vital. Il s'agit également d'un récit qui saura en informer plus d'un sur l'accouchement et ses suites, ses joies, mais aussi ses difficultés.

*    *    *

« Quelques mois plus tôt, elle avait renoncé aux relations amoureuses. »
Dégoutée et effrayée par la tromperie de ses anciens partenaires, Delphine a fait une croix sur le désir de fonder un jour une famille stable et sincère. Depuis, elle accumule les conquêtes d'un soir tout en continuant d'alimenter sa liaison avec Grégory, ancien petit ami, aujourd'hui partenaire occasionnel.
« Ils ne s'aimaient plus au conditionnel mais au présent. »
Une façon pour eux d'alléger le quotidien en solitude et de vivre avec l'autre quand l'envie leur prend, sans réfléchir au lendemain, sans se projeter ni se contraindre et se restreindre.

Le rapport de Delphine avec le relationnel est aussi particulier que son enfance l'aura voulu. Ne conservant pour seule famille que sa grand-mère tout en sachant que ses parents évoluent toujours quelque part sans donner de nouvelles, elle fait preuve d'une dépendance niaise envers son entourage rare sous couvert d'une fière autonomie.
La future maman ne se rend alors pas compte à quel point elle n'est en vérité entourée que d'hypocrite, donnant à la dimension affective de son existence une facticité sans limite.
« C'était pour elle une règle de savoir-vivre que de montrer sa gratitude. », ou comment rendre aux autres tous les bienfaits qu'ils ne lui ont jamais offert. Souffrante d'un manque de confiance en elle flagrant, Delphine ne peut s'empêcher de considérer sa grossesse comme la meilleure façon d'attirer l'attention : enfin, ses collègues et ses "proches" s'intéressent à elle. Oui, mais pas pour ce qu'elle est. Une situation néfaste pour elle qui n'a de cesse de la détruire petit à petit.

Au fond d'elle, Delphine est soumise à sa solitude et est incapable de s'en sortir sur le long terme. Comblée par une confiance aveugle en ceux qui semble la soutenir, elle sait pourtant que rien ni personne ne l'accompagnera dans les moments les plus difficiles. D'une part, Grégory lui donne l'impression de la comprendre alors que sa motivation coupable est purement égoïste : il ne la supporte plus. De l'autre, Delphine est «persuadée que sa responsable reconnait ses implications », tandis que l'hypocrisie flagrante de Nathalie nourrit inlassablement les croyances sincères de son employée.
Pourtant, tant que Delphine ne se rend pas compte de la supercherie affective, elle se sent aimée et soutenue.

Au-delà de cette dimension relationnelle des plus toxiques, Delphine prend son mal en patience quand il s'agit de sa propre vie. Prise au piège de la pression familiale dont elle a hérité, elle n'a d'abord d'autre choix que de se plier aux mœurs conventionnelles : pour faire un enfant, il faut un père et une mère.
«On ne sait jamais pourquoi, elles [les femmes] trouvent toujours un moyen d'exclure les hommes de leur projet.»
Harcelée pour les choix de vie qu'elle effectue mais forte de son caractère, elle décide pourtant d'aller au bout de ses ambitions. Peu à peu, elle prend conscience de sa situation et de la façon dont elle lui échappe inexorablement, et tente plus que quiconque de la reprendre en main. Seule, jusqu'où pourra-t-elle aller avant de perdre pied ?

Fièvre de lait est un roman plein d'émotions, de peurs et d'espoirs. Là où beaucoup auraient lâché prise bien plus tôt, Delphine se donne de tout son être pour parvenir à ses fins. Donner naissance à un enfant ne devrait jamais être régi par les croyances et les mœurs collectives, mais bien par les valeurs propres à chacun. Entre le regard qu'on porte aux autres et son impact sur ces mêmes personnes, il y a une grande différence. Yasmina Behagle aura, en quelque sorte, peut-être tenté de sensibiliser son public à la nécessité d'être bienveillant en tout temps envers son prochain. Si chacun se reconnaît en l'autre, n'est-ce pas pour lui apporter son bon conseil selon sa propre expérience ?
Une histoire poignante et fluide, bien écrite, à lire absolument.

Synopsis

Une femme décide de tomber enceinte d'un inconnu pour combler son vide existentiel. La naissance de son enfant va la perturber et faire éclore la souffrance qui germait en elle depuis son enfance. Un roman qui brise l'omerta sur l'accouchement et ses suites.

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