Chasses gardées

Article publié le

13 octobre 2020 à 06:27:39

par

Telesia

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Titre original :

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Chasses gardées

Raymond Christon

2018

139

Contemporaine

​Tout débute et s’achève sur un récit douloureux. C’est avec une maitrise parfaite de la langue parfaite que l’auteur parvient à faire passer son message, celui d’un héritage culturel bien trop lourd pour un homme comme il en est d’autres, un homme humain.
Raymond Christon traite le sujet à vif et happe dès ses premiers mots un lecteur sidéré, lequel plonge irrémédiablement dans une spirale lexicale d’une négativité impressionnante – pourtant reflet d’une réalité malheureuse. Faible, rauque, boursouflé, tant d’affliction imposée par un environnement trop peu réceptif, vivement complétée par une panique extérieure des protagonistes seconds, et une sémiotique particulièrement marquée.

*    *    *

« L’évocation de tous ces noms […] me plonge quasiment dans le coma. »
Chasses gardées, c’est tout du long un récit saccadé, rapide, ferme : de nombreuses phrases courtes au rythme d’une narration pourtant très fluide ; un contraste bouleversant, aux opposés extrêmes. Le ballet de sons coulants, heurté d’une ponctuation très raide.

​Antoine Galion, le narrateur, mentionne un mal-être profond, dû à une très mauvaise intégration au sein de son équipe de travail. Pourtant chercheur d’exception, sa carrière ne décolle pas d’un pouce. Si ses collègues affirment avec une insistance poussée qu’il s’agit d’un litige de comportement, l’iceberg dissimule en réalité une difficulté – consciente ou inconsciente – à accepter l’autre, l’étranger, le différent. De trop nombreuses organisations conservent une hiérarchie archaïque, dont sont sans aucun doute dispensés les plus privilégiés. D’un côté les Blancs, aux hautes responsabilités ; de l’autre les Noirs, affiliés aux postes techniques, mais pas moins respectables. Une manière de faire que le narrateur aura prestement comparé à une société esclavagiste, en théorie révolue.
Un échantillon de la société scientifique moderne, en désaccord avec une prise d’indépendance certaine ; il s’agit sans aucun doute d’une affaire de fierté. Comment les noirs pourraient-ils revendiquer un niveau égal à celui des blancs ? En ces termes Chasses gardées dénonce la « violence coloniale qui se perpétue encore de nos jours, sous diverses formes… ».

​On sent l’auteur très cultivé, et sensiblement attaché aux valeurs qu’il défend. Il orne son récit de nombreuses références, des clins d’œil appréciables et commentés. Son ouvrage souligne une façon d’aborder un « noir » selon une condition presque animale : par l’utilisation du terme bête d’abord, puis par celle d’ « une vraie bourrique ! » ensuite.

​« Il n’est pas si noir que ça »
Raymond Christon choisit ses mots avec précision, toujours pour rappeler la manière dont les origines colorées sont dévalorisées – car toujours associées à des préjugés parfois même inconscients. Elles sont cataloguées.

​Chasses gardées sonne comme une confession, l’histoire d’une vie que le narrateur conte enfin, probablement vers un objectif libérateur. Il prend sur lui pendant des années, enchaine les déceptions puis l’ennui ; et surtout, Antoine Galion supporte les remarques, les insultes cueillies dans l’ombre d’un couloir… pour éventuellement finir par exploser. C’est un combat pour maintenir la tête hors de l’eau. Un combat au cours duquel les infimes plaisirs de la vie s’imposent comme des victoires : une famille, un pays, une passion – bien qu’entravée.
Et au-delà d’une multitude d’épreuves inhumaines – c’est le mot –, de rares alliés brillent par leur présence. Une bataille d’une vie, après plus de vingt ans de carrière.

Synopsis

Bienvenue dans les coulisses de la recherche scientifique en France. Après trente années passées dans différents laboratoires en région parisienne, sous les tropiques et jusqu’aux rives du Saint-Laurent, Antoine Galion dresse un bilan critique de sa carrière. Homo homini lupus est, telle est la première impression qui nous reste après la lecture de ce récit. Même dans les secteurs de travail les plus prestigieux, comme c’est le cas dans la recherche, les bas instincts humains ressurgissent. Plutôt que de servir à son échelle la noble cause de l’accroissement des connaissances dans un climat stimulant, ce chercheur doit subir un système hiérarchique autoritaire et rigide, souvent opaque et dominé par le népotisme, mais aussi faire face au harcèlement moral et à un racisme latent.

La couleur de peau noire d’Antoine Galion n’a pas facilité son intégration dans les différents laboratoires où il aura exercé durant sa carrière. Ostracisé et moqué à maintes reprises, l’homme témoigne de ce climat pesant et contre-productif.

Il s’agit d’un ouvrage honnête, touchant, où l’on sent tout l’amour de l’écrivain pour son métier. C’est aussi la parole d’un homme libre qui dénonce l’injustice et l’ostracisme avec recul et intelligence.

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