Cannibale Blues

Article publié le

13 octobre 2020 à 10:53:47

par

Telesia

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Cannibale Blues

Béatrice Hammer

2020

300

Contemporaine

Romancière, scénariste et réalisatrice, Béatrice Hammer est l’auteure de plusieurs ouvrages publiés par diverses maisons d’édition dont Critérion et Sépia, pour ne citer qu’elles. Ces dernières lui ont décerné plusieurs prix tels que le prix Goya en 1995 ou le Premier prix des Inédits de RFI-ACCT. Son dernier roman, Une baignoire de sang paru en 2020, est son tout premier polar après une série de récits de vie et d’écriture jeunesse. Polyvalente, Béatrice aura écrit et réalisé quatre films d’animation et un moyen métrage, et écrit plusieurs pièces de théâtre.
Sélection « Attention Talent » des libraires de la Fnac, Cannibale Blues fait parler de lui. De leur démarche pour le moins atypique puisqu’elles reversent l’intégralité des bénéfices des ventes à leurs auteurs, les Editions Avalon offrent un second souffle à cet ouvrage plein de sens. En 1984, la situation des expatriés occidentaux sur le continent Africain prend doucement vie au rythme des mouvements humanistes se voulant plus justes que les anciens colons. Mus par une volonté farouche de développer l’indépendance d’un peuple sujet à la misère, les jeunes arrivants semblent avoir les idées claires : soutenir, fournir les ressources, agir avec une vigueur égale à celle de leur pays d’accueil – si ce n’est plus. Oui mais voilà, Philippe Ramou a tôt fait de constater que la charité n’est pas aussi limpide que l’idée qu’il s’en fait.

*    *    *

Son ton est incisif. La narration de Béatrice Hammer se veut intrépide, pleine d’haleine et vecteur d’un élan tenace. A 24 ans, Philippe Ramou débarque en plein cœur d’Afrique, persuadé que sa petite personne volontaire saura apporter sa pierre à un édifice aussi vieux que le monde. Economiste et Volontaire du Service National, il souhaite de tout cœur « faire quelque chose pour soulager la misère ». De son point de vue, miser sur l’éducation soulève une opportunité inestimable : en formant l’élite du continent, en développant leur esprit critique et de réflexion, Philippe espère créer un mouvement ingénieux et suffisant à porter l’ensemble du territoire. La prise d’initiative devient alors un enjeu majeur, tandis que l’enseignant se voit obligé d’aborder le sujet de façon primitive, à partir de bases qu’il considérait comme acquises.
Si l’objectif principal réside dans la volonté d’inculquer aux étudiants les notions et l’état d’esprit requis, son ambition d’allier éducation et culture locale se heurte à son incapacité de modifier les fondamentaux des mœurs africaines. En outres, agir avec les méthodes propres à l’occident tout en conservant l’identité des nations cibles paraît inconcevable, si ce n’est impossible. Un gros travail d’adaptation s’effectue peu à peu pour le jeune expatrié, lequel doit lutter pour finalement ne pas sombrer dans les pratiques régionales somme toute altérées par les résidents européens et américains d’ores et déjà intégrés à la société. Indéniablement, ses racines, ses valeurs et ses objectifs de vie et de partage se voient fortement mis à mal.

En Europe comme dans toute nation dite « développée », l’autonomie et l’autosuffisance agissent comme un principe d’honneur et de respect. Au contraire des habitudes Africaines et Arabes, qui prônent l’entraide et la solidarité, y compris par le biais de serviteurs – comme on les appelle en France – et de personnel de maison. Boys, chouffes, femmes de ménages, entre autres… font partie intégrante de la vie commune et constituent un ensemble crucial à la bonne entente et à la bonne marche des foyers. Entre Philippe Ramou et Joseph, le choc culturel est grand – en apparence. Les différences traditionnelles mènent bien souvent le jeune homme à des quiproquos quelques fois loufoques. Fort de son humilité, il va même jusqu’à apparemment offenser son boy, qui ne s’abaisse en aucun cas à se plier aux désirs de son maître, lequel le traite pourtant comme son égal.
Pour lui, tenter d’appliquer une culture qui ne lui appartient pas a alors tendance à lui porter préjudice. Puisqu’il n’agit pas conformément aux attentes vis-à-vis d’un Blanc, ses actions impliquent une mécompréhension de sa volonté pourtant sincère. L’incompréhension est majeure dans ce récit de vie, et révèle le but ultime de la bonne harmonie.

« Etre fidèle aux engagements qu’on a dû prendre, c’est un bon moyen de rester fidèle à soi-même, je pense. »
Une notion fortement illustrée, argumentée et contre-argumentée par Béatrice Hammer au travers de son protagoniste Philippe Ramou. D’un point de vue tout à fait extérieur puisque la narration est principalement menée par Joseph, le boy plein de secrets, elle questionne et remet en question les raisonnements du lecteur pour l’amener sur une voie sinueuse, celle du jugement de soi, à nu. Une œuvre pleine de sens, à lire absolument.

Synopsis

Il s’appelle Ramou. Il est français. Il a 24 ans. Plein d’enthousiasme et de naïveté, il débarque un beau matin dans un petit pays d'Afrique où il doit enseigner pendant deux ans l’économie générale à l’Institut Polytechnique.
Il s’appelle Joseph. Il va devenir son boy. Sur la colline, on murmure qu’il travaille pour la Sûreté. Ce qui est sûr, c’est qu’il pourrait se passer de travailler. Fils de ministre assassiné, docteur en sciences politiques, c’est pour le plaisir qu’il fait le domestique. Car Joseph a un secret...
Un secret que Fortunata, son amante de toujours, voluptueusement installée sur une banquette du Tam-Tam Noir, un verre de « Cannibale Blues » à la main, a décidé de découvrir. Joseph l’ignore, mais nul ne résiste à la volonté de celle que l’on appelle à juste titre "la Vénus Africaine".
Un portrait féroce du petit monde des expatriés, qui se lit comme un page turner.

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