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[INTERVIEW] Les Editions d'Avallon

► Quelques mots pour vous présenter à nos lecteurs ?

Nous sommes une jeune maison d’édition créée en février 2020. Nous avons souhaité nous constituer sous la forme d’une association à but non-lucratif.
Notre objectif est de publier une dizaine d’œuvres par an dans trois domaines : littérature contemporaine, jeunesse et adultes de 9 à 99 ans et enfin romans policiers.
Nos choix éditoriaux reposent sur la promotion de textes inédits mais nous souhaitons également republier des œuvres contemporaines qui ne sont plus distribuées car elles ne représenteraient plus le même potentiel commercial qu’une nouveauté.

A la base, nous sommes partis d’un constat. Lorsque les auteurs finissent par publier un livre après des mois ou des années de travail, en s’exposant à des refus, ils cèdent leurs droits pour une exploitation qui sera limitée à la période de rentabilité définie par le seul éditeur. A l’issue de deux ou trois ans, lorsque le livre a été distribué et vendu, il n’est pas rare, lorsque les ventes ralentissent, et avant même que le tirage initial ne soit épuisé, que l’éditeur décide de pilonner les ouvrages restants (destruction des exemplaires). Nous avons souhaité que les éditions d’Avallon puissent proposer une alternative à ce système périssable. Nous voulons laisser aux livres le temps de vivre. Nous faisons de l’impression à la demande. Cela nous permet de maintenir au catalogue les œuvres tant que les auteurs nous font confiance. Par ailleurs, cela permet de limiter l’impact environnemental de livres qui ne seraient pas vendus. C’est un choix éco-responsable que nous revendiquons fièrement.

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► Votre maison d’édition nous a sollicités il y a quelques temps au sujet d’un roman de l’une de vos autrices, et a attisé notre curiosité. Pourriez-vous nous en dire plus ?

Cannibale Blues est le type même de livre que nous souhaitons publier. Il avait été, lors de sa première sortie, la sélection « Attention talent » des libraires de la Fnac. Il a déjà rencontré un beau succès mérité auprès des lecteurs. Le scénario est impeccable. Le livre se lit comme thriller. Béatrice Hammer a le sens du rythme et du suspense. La plume est limpide, ciselée et drôle. Elle a entièrement repris son livre pour les éditions d’Avallon.
Derrière la légèreté apparente, Béatrice Hammer nous invite à repenser les rapports culturels entre l’Occident et l’Afrique et dénonce ce sentiment de supériorité diffus que peuvent avoir certains expatriés vis-à-vis des habitants des pays où ils vivent.
Tendre et acide, ce livre assume ses valeurs. Nous sommes très fiers de le porter aux côtés de Béatrice Hammer. Nous aurons l’occasion de récidiver en début d’année prochaine avec « Les contes de Green » du même auteur. Cette fois-ci ce seront certaines méthodes managériales des grandes entreprises qui sont questionnées avec humour.

► A chaque œuvre publiée, vous vous engagez à reverser l’entièreté des bénéfices de vente à son auteur. Pourquoi ?

Oui, les bénéfices des ventes sont entièrement versés aux auteurs. Nous sommes une maison d’édition d’abord au service des auteurs et de leurs œuvres. En France tout le monde vit de la chaine du livre, sauf l’immense majorité des auteurs.
Il nous semble que le travail de l’auteur doit être mieux reconnu et valorisé qu’à l’heure actuelle. Il y a un immense chantier à ouvrir. Le monde de l’édition doit évoluer s’il ne veut pas disparaître. Il doit être plus respectueux des auteurs. Ce n’est pas nous qui allons régler tous les problèmes mais à notre petit niveau nous en prenons notre part. Nous avons besoin pour cela du soutien des lecteurs. Nous espérons également que nous pourrons séduire le Centre national du livre autour de cette démarche originale. Nous lui demanderons un appui dès que nous aurons passé notre premier anniversaire.

​► Etant donné cette organisation qui ne conserve rien pour elle, comment parvenez-vous à combiner cette charge de travail non rémunérée avec votre quotidien classique ?

J’ai toujours été un peu hyperactif. J’ai un travail convenablement rémunéré que j’adore. Il est extrêmement stimulant sur le plan intellectuel. Mais j’ai toujours eu une activité artistique en parallèle. C’est vital pour mon équilibre. J’ai écrit des livres, dont deux polars, publiés initialement chez un éditeur traditionnel. J’écris un nouveau roman qui se passe il y a 3500 ans. L’activité d’éditeur bénévole est extrêmement enrichissante.
Les autres membres de l’association sont dans le même cas. Nous sommes un collectif de passionnés, auteurs, professeurs de lettres, retraités, juriste, graphiste, professionnels du monde des arts, tous lecteurs assidus et amoureux de littérature. Chacun, au-delà de son activité professionnelle, donne de son temps libre aux éditions d’Avallon.
L’association agrège progressivement les énergies. Nous sommes partis à 3 en février, nous sommes désormais 13.

► De manière générale, comment jugez-vous l’ampleur de votre maison d’édition ? En termes de personnel ? de visibilité ? de vente ?

Nous avons beaucoup progressé depuis février 2020 : cinq romans publiés, distribution à la fin septembre par la SODIS pour le livre papier et distribution par Immatériel (soit plus d’une centaine de librairies en ligne) pour le numérique depuis juin. D’ici la fin de l’année nous aurons publié 10 livres de qualité qui seront distribués sur l’ensemble du territoire national.
Ensuite, des auteurs reconnus nous rejoignent (Béatrice Hammer, Maïa Brami, Pierre-François Kettler, Nathalie Legendre, Nathalie Sommers – auteurs expérimentés et régulièrement primés). Nous les publierons dans les prochains mois. C’est notre plus belle récompense.
Enfin, notre modèle économique fonctionne. C’est déjà une grande satisfaction.
Bien sûr, en termes de ventes, le démarrage est encore modeste. Nous sommes conscients que nous devons progresser dans la partie promotion. Nous y travaillons activement, notamment grâce à des chroniqueurs engagés comme vous.
Pour terminer, nous espérons attirer d’autres bénévoles qui pourront nous aider en fonction du temps qu’ils ont envie de nous consacrer notamment dans le domaine du graphisme, de la relecture de manuscrits ou de la présence sur le web. Chacun fait en fonction du temps dont il dispose. Si certains ont envie de tenter l’aventure, qu’ils n’hésitent pas à nous contacter (contact@leseditionsdavallon.com).

► Comment les éditions Avallon sélectionnent-elles les œuvres à publier ? 

Nous recevons beaucoup de manuscrits et nous avons à cœur de tous les lire. Nous avons structuré un comité de lecture (composé à ce jour de 5 personnes) qui nous permet d’être exigeants sur les œuvres retenues. Nous retenons aujourd’hui 4% des manuscrits que nous lisons. Nous avons créé un comité de lecture spécialisé dans la jeunesse et les ‘young adults’ qui intervient après une première sélection du comité de lecture habituel. Les trois livres que nous publierons dans cette collection au cours des prochains mois ont ainsi tous été plébiscités par les deux comités.
Nous ne publions que du roman. Nous refusons ainsi notamment les autobiographies.
Nous évaluons les textes soumis autour de trois dimensions : une histoire originale et bien structurée, un style de qualité et nous souhaitons qu’il y ait un fond qui dote l’œuvre d’une réflexion contemporaine intéressante y compris pour la collection « 9 à 99 ans ». Nous voulons des textes intelligents.

​► Réellement, et pour les auteurs qui nous lisent, quelle est l’offre que vous proposez aux auteurs ?

Comme je l’ai précisé précédemment, nous ne prenons pas de bénéfice sur les ventes, nous reversons aux auteurs des droits correspondants aux bénéfices générés, une fois la fabrication du livre, sa distribution, et la marge du libraire payées. Cela correspond environ au double de ce que versent les autres éditeurs.
Nous pouvons nous permettre cela parce que nous sommes tous bénévoles.
Ensuite, nous co-construisons le livre avec les auteurs. Nous les associons notamment à la couverture qui est un élément fondamental pour que l’auteur soit à l’aise avec son livre. Trop de maisons d’édition se permettent de choisir des visuels et même de changer le titre d’un livre sans échanger avec l’auteur. Ce n’est pas notre stratégie.
Enfin, le nombre de ventes n’est pas un enjeu essentiel pour nous. La question économique ne doit en effet pas prévaloir sur la démarche artistique. Nous publions des livres, nous ne vendons pas des boîtes de petit pois. 

► Quoique ce soit à ajouter que nous n’aurions pas abordé ?

Nous publions un très bon roman de fantasy en octobre. Il s’agit du premier tome d’un cycle intitulé l’Eschylliade de Pierre-François Kettler, un excellent auteur et par ailleurs comédien de talent.
Eschylle (avec deux « l »), le personnage principal est un chat, devenu le compère d’un puissant Elfe noir. Ensemble, ils vont s’engager dans une quête qui s’étendra sur plusieurs tomes. Ce livre s’adresse aux 9 à 99 ans. Il est bien écrit, drôle, très bien construit et peut plaire à des lecteurs de tous âges. En effet, il a plusieurs niveaux de lecture, qui se complètent et s’enrichissent : c’est à la fois un livre pour les amoureux des chats, un roman d’aventure palpitant et un ouvrage qui contient une réflexion puissante sur le totalitarisme. Bref, il correspond parfaitement à nos valeurs. Peu de maisons d’édition acceptent de s’engager dans un cycle. Nous sommes ravis de prendre ce risque car l’univers créé par Pierre-François Kettler est passionnant. Les membres du comité de lecture, petits et grands, qui ont déjà lu les tomes 1 et 2 réclament à cor et à cri le tome 3.
En novembre, nous republierons Norma de Maïa Brami, auteure talentueuse qui a publié une vingtaine d’autres livres.
Norma est l’histoire d’une petite fille de sept ans placée dans un foyer d’accueil. Celle-ci dissimule un secret. Il s’agit d’une très belle œuvre servie par un style magnifique où les émotions affleurent avec beaucoup de sensibilité. Elle aborde la place de l’enfant dans le monde des adultes.  Ce roman constitue le reflet d'une société où chacun, en quête d'identité et d'amour, tente de se libérer des apparences.
Nous ferons tout pour que ces deux livres rencontrent leur public et nous comptons sur vous et sur ceux qui vous lisent pour nous y aider.